Matières & Solutions·Structure · Sécurité incendie

Recouper au feu un bâtiment des années 60 sans l’alourdir

Aux Galeries Lafayette de Bron, 5 500 m² de murs coupe-feu ont été montés dans un centre commercial resté en activité, sur une structure des années 60 aux charges admissibles réduites. Ce qui se joue là n’est pas le choix d’un bloc, c’est un arbitrage entre degré coupe-feu, poids et épaisseur.

11 septembre 2026 · 5 min de lecture

Image d’illustration : blocs de béton cellulaire, sans lien avec le chantier de Bron. Photo Peter Dyllong, Pexels.

L’essentiel

Ce qu’il faut retenir en trente secondes.

Ce qui change
Rien, côté produit : le bloc existe depuis longtemps. Ce qui est documenté ici, c’est un arbitrage rarement écrit, obtenir quatre heures de résistance au feu sur une structure qui ne peut plus porter.
Pourquoi c’est important
En réhabilitation d’ERP, le recoupement au feu bute d’abord sur les charges admissibles du plancher, pas sur le classement du matériau. Le calcul se fait en kilos par mètre carré avant de se faire en minutes.
Pour quels projets
Établissements recevant du public existants, centres commerciaux, sites qui restent ouverts pendant les travaux et où le chantier se découpe en tranches.
Ce qu’il faut surveiller
REI et EI ne se comparent pas : le premier est porteur, le second ne l’est pas. Et la hauteur maximale admise sans recoupement conditionne le plan avant le choix du produit.

Ce que le chantier documente

Les Galeries Lafayette de Bron occupent 45 000 m² dans un bâtiment des années 1960. La transformation, engagée en 2022 et achevée en 2026, suppose de recouper au feu quatre-vingts magasins et restaurants mitoyens, sans fermer le centre.

Cinq mille cinq cents mètres carrés de murs ont été montés en blocs de béton cellulaire de 200 millimètres, pesant 110 kilos au mètre carré, classés REI 240 et incombustibles, pour une exigence réglementaire de EI 120. La maîtrise d’ouvrage revient à Citynove et Keys REIM, la pose à CK Construction.

Pourquoi le poids décide avant le feu

Sur un plancher des années 60, la charge admissible est le premier verrou. Un mur séparatif traditionnel en maçonnerie pleine dépasse largement ce que la structure accepte, et le renforcer coûte plus cher que le mur lui-même.

C’est ce qui explique le choix : à 110 kilos au mètre carré, le mur reste dans l’enveloppe de charge, et la question du classement au feu ne se pose qu’ensuite. L’ordre des contraintes est inversé par rapport à une construction neuve, et c’est ce renversement qui mérite d’être documenté.

Ce que proposent les autres

Trois fabricants de béton cellulaire couvrent ce besoin. Xella annonce EI 240 et REI 120 sur son bloc, et REI 240 dans le cas de Bron à 200 millimètres. Siporex annonce EI 240 dès 15 centimètres pour des murs coupe-feu non porteurs, à 39 à 55 kilos au mètre carré. Cellumat annonce EI 240 à 17,5 centimètres.

La comparaison ne se fait donc pas sur le degré de résistance, que les trois atteignent, mais sur le couple porteur ou non porteur. Un mur non porteur trois fois plus léger n’est pas un meilleur produit, c’est un autre ouvrage : il ne reprend aucune charge et suppose une structure qui le tienne. C’est cette distinction, et non le nombre de minutes, qui décide en réhabilitation.

Ce qu’il faut vérifier avant de prescrire

Aucun Avis Technique n’est cité dans la communication, alors que trois classements le sont. Les classements de résistance au feu reposent sur des procès-verbaux d’essai : ce sont eux qu’il faut demander, avec leur numéro, et non la mention du classement.

La hauteur maximale annoncée sans recoupement, seize mètres, est une donnée de plan autant que de produit. Elle se vérifie tôt, parce qu’elle décide de l’emplacement des raidisseurs, donc du dessin.

Notre lecture

Le sujet n’est pas ce bloc, ni ce fabricant. C’est que la performance incendie ne se prescrit jamais seule en réhabilitation : elle se prescrit avec un poids, une épaisseur et une hauteur admissible, et c’est ce triplet qui écarte la plupart des solutions avant même qu’on regarde leur classement. Sur un bâtiment ancien, la question à poser en premier n’est pas « combien de minutes » mais « combien de kilos le plancher accepte encore ».

Maison & Architecture

Sources & documentation

  1. 01BatipresseTransformation des Galeries Lafayette de Bron, 9 septembre 2026
  2. 02XellaDocumentation Ytong, solutions mur séparatif et cloison coupe-feu
  3. 03SiporexGamme, murs coupe-feu non porteurs
  4. 04CellumatMaxibloc, classement EI 240
  5. 05À vérifierProcès-verbaux d’essai et Avis Technique, non communiqués

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