Une salle de bal à Laplume

Aurélie Dufourg

Une salle de bal à Laplume

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LocalisationLaplume, Nouvelle-AquitaineLivraison2024

Interventions documentées3

Ces entreprises documentent leur intervention avec Maison & Architecture.

Avec la participation de

Le projet

Une salle de bal à Laplume

Il y a des maisons qui portent la mémoire d'un village entier. À Laplume, dans le Lot-et-Garonne, celle-ci fut d'abord une salle de bal. Puis un cabinet médical. Puis un appartement, divisé, réaménagé, superposé au fil des décennies. Quand une jeune famille en récupère enfin l'intégralité du volume, le défi n'est plus seulement de rénover, il est de réunifier un lieu que quarante ans de cloisonnements avaient morcelé. Sous une charpente en bois massif aux poutres généreuses, avec des portes-fenêtres de 2,75 mètres qui rythment la façade, le projet devait composer avec un volume aussi rare que contraignant. C'est ce pari d'architecture contemporaine, mené entre patrimoine et confort de vie, que raconte ce Projet 360°.

Un volume à réapprivoiser

Le couple, avec un enfant et un second à venir, souhaitait s'agrandir sans pour autant tout démolir. L'appartement existant possédait déjà de belles qualités spatiales, notamment une double hauteur dans le salon avec charpente apparente. La demande initiale portait sur l'agrandissement des pièces de vie au rez-de-chaussée et la création de deux chambres à l'étage, dont une suite parentale. La chambre d'enfant existante et d'à peine 8 m² devait, elle aussi, grandir pour accompagner l'adolescence à venir.

Mais derrière les envies décoratives des propriétaires se cachait un enjeu plus organisationnel. La maison, ancienne salle de bal, offre un volume global exceptionnel dont les poutres transversales culminent à 4,10 mètres, une hauteur presque trop basse pour glisser un étage confortable sans écraser le rez-de-chaussée. Il fallait construire entre ces contraintes, sous les poutres, sans masquer les grandes ouvertures qui baignent la maison de lumière. Un jeu de niveaux et d'emboîtements s'est alors imposé comme évidence.

Aurélie Dufourg, une architecture du dialogue

C'est Aurélie Dufourg, architecte d'intérieur depuis 2006 et architecte diplômée d'État habilitée à la maîtrise d'œuvre depuis 2011, qui a mené ce projet. Elle a forgé son regard au fil de cinq années passées en agence, entre Bordeaux, Paris et Madrid.

Sa méthode tient en une conviction simple : l'espace qui nous entoure façonne notre bien-être et il doit s'adapter au mode de vie de ceux qui l'habitent. Elle accompagne ses clients à toutes les échelles, de l'analyse des besoins jusqu'au choix du mobilier, en passant par le suivi détaillé du budget et de la réalisation.

À Laplume, ce dialogue n'allait pas de soi. La vision du couple, concentrée sur des envies décoratives, ne recoupait pas toujours les priorités structurelles du bâti. Il a fallu faire émerger les véritables enjeux d'usage et de confort avant d'aborder la décoration. Cette écoute progressive, l'architecte la résume à sa manière : « Les goûts et les couleurs bougent et passent, le confort d'usage et la fluidité entre espaces, eux, perdurent. »

Deux principes ont guidé sa conception. En plan, la transversalité : faire traverser la lumière et le regard de la rue jusqu'à la terrasse, en organisant les espaces secondaires (rangements, technique, circulation) contre le mur aveugle en limite de propriété, pour réserver les trois autres façades aux pièces de vie. En coupe, la volumétrie : distinguer les espaces techniques, qui n'exigent qu'une faible hauteur sous plafond, des espaces de vie, pensés pour respirer sous de beaux volumes.

Lumière, contrastes et solutions innovantes

Le rez-de-chaussée bénéficiait déjà de sept ouvertures réparties sur trois façades. Le vrai défi se jouait à l'étage, sous les toits. Plusieurs velux ont été positionnés pour répartir la lumière naturelle de façon optimale et limiter le recours à l'éclairage électrique, une approche qui participe aussi à la ventilation naturelle du logement et à sa rénovation énergétique. La communication visuelle entre l'étage, laissé en balcon ouvert sur la double hauteur du salon, et le rez-de-chaussée assure un renouvellement de l'air en hiver comme en été.

Pour le contraste esthétique voulu par les propriétaires, l'espace central, cuisine et verrière laquée noire, a été traité en monochrome sombre : sol, murs, meubles et plans de travail. Ce choix moderne et industriel répond à la douceur de la charpente bois apparente et du parquet qui court sur l'ensemble du rez-de-chaussée. La verrière elle-même mêle plusieurs finitions de verre pour jouer avec les reflets et dissimuler, tout en laissant deviner, la buanderie et la cave à vin installées derrière.

Côté salon, un garde-corps métallique noir, fabriqué d'une seule pièce referme la mezzanine. L'idée de la cliente d'y installer un filet tendu a transformé un simple balcon en un espace de détente suspendu, incliné pour passer au-dessus d'une porte vitrée trop haute. Cet espace est devenu, de l'aveu même des habitants, le terrain de jeu favori des enfants.

Les finitions poursuivent ce dialogue entre ancien et contemporain : velours bleu foncé des canapés, peinture naturelle à l'eau choisie pour limiter l'impact sur la qualité de l'air intérieur, poignées industrielles en métal noir. Des meubles chinés et restaurés par la propriétaire, une couveuse à poule devenue table basse, une table d'écolier reconvertie en meuble de salle de bains, ancrent la maison dans son histoire tout en assumant pleinement son présent.

Des défis techniques assumés

Le classement du bâtiment en zone soumise à l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France a orienté certains choix, notamment des fenêtres et volets en bois plutôt qu'en PVC ou en métal, pour un budget plus élevé mais un rendu fidèle au patrimoine du village et un meilleur confort thermique. L'ouverture d'un mur porteur entre l'ancienne véranda et le salon a permis d'unifier ces deux espaces en une seule pièce de vie.

Sur le plan structurel, la charpente a dû être légèrement rehaussée, à l'aide de vérins, pour gagner quelques centimètres de hauteur sous les poutres principales et rendre les passages plus confortables. Un renforcement complémentaire a évité l'implantation d'un poteau mal positionné dans la chambre parentale. La maison est chauffée par une pompe à chaleur air-eau, installée en contrebas de la terrasse, qui alimente des radiateurs à eau : une solution durable pensée pour le confort au quotidien.

Focus Polloni-Magnolo : la précision du geste technique

Sur ce chantier, la SARL Polloni-Magnolo a pris en charge l'ensemble du lot plomberie, un poste stratégique dans une maison où la répartition des espaces techniques avait été pensée dès la conception. Leur intervention a couvert l'alimentation en eau des nouvelles salles d'eau créées à l'étage, ainsi que le raccordement de la pompe à chaleur air-eau qui chauffe aujourd'hui l'ensemble du logement.

Aurélie Dufourg souligne la qualité de cette collaboration : « Un professionnalisme hors pair, un apport de connaissances et de solutions techniques lors de problèmes rencontrés ou de doutes, en conception comme en explications complémentaires aux clients, avec la même efficacité et la même communication sur le chantier. » Une contribution technique précieuse dans un projet où chaque centimètre de hauteur sous plafond avait dû être négocié avec la charpente existante.

Focus Basset Robbe : le carrelage comme signature

Le lot carrelage a été confié à l'entreprise Basset Robbe, dont le travail se lit particulièrement dans les jonctions entre carrelage et parquet, un exercice de précision essentiel dans une maison où les matériaux se répondent d'une pièce à l'autre. L'entreprise a notamment relevé le défi de la salle de bain des enfants, avec un calepinage volontairement non conventionnel, fidèle à l'esprit singulier voulu pour cette maison.

« Une précision et une réalisation efficace et propre, avec un suivi rigoureux dans la mise en œuvre d'idées originales », résume l'architecte à propos de cette collaboration, qui a permis de traduire fidèlement sur le chantier des intentions esthétiques parfois complexes à exécuter.

Les acteurs du projet

D'autres entreprises ont contribué à la réalisation de ce chantier. La démolition et le gros œuvre ont été assurés par la SARL Gualter De Jesus & Fils. La charpente bois a été confiée à Daniel Bellon. Les travaux de plâtrerie et de doublage ont été réalisés par Joël Villemur. L'électricité a été prise en charge par Benoit Bigot Electricité et la climatisation par la société Balzac Froid 47. Les menuiseries bois ont été fabriquées par l'entreprise Menuiserie Caserotto Jean-Louis, tandis que la serrurerie a été assurée par la société La Maison de l'Art. Enfin, la peinture, ainsi que la fabrication sur mesure du garde-corps métallique du salon, ont été réalisées par société Buffaumene.

Quarante ans après sa dernière division, la maison de Laplume retrouve une unité. Elle a gagné en luminosité, en générosité de volumes, en fluidité entre ses espaces, sans jamais renier l'histoire de ses poutres ni le savoir-faire artisanal qui a permis de les réhausser sans les trahir. Ce type de projet rappelle qu'une rénovation réussie n'oppose jamais patrimoine et vie contemporaine, elle les fait dialoguer.

D'autres histoires de maisons transformées sont à découvrir dans nos précédents projets.

Maison & Architecture – raconter les lieux où le savoir-faire collectif devient patrimoine.

Galerie15 photos

© Aurélie Dufourg

Équipe de réalisation2

Relevées sur le dossier de chantier.

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