À quelques kilomètres de Lille, dans une banlieue résidentielle qui a longtemps tourné le dos à ses racines maraîchères, Marcq-en-Barœul choisit de se souvenir. Un atelier de 82 m² sort de terre sur l'emprise d'une ancienne ferme du XIXème siècle. Bois brut, lumière franche, geste sobre. La Maison de la Transition Écologique ne cherche pas à impressionner. Elle cherche à démontrer.
Lauréate des Trophées Rev3 du CD2E 2025, elle est déjà bien plus qu'un bâtiment municipal.
Un site chargé d'histoire
Le terrain est au cœur de la Ville Verte, sur le territoire d'une ancienne ferme maraîchère — dernier témoin bâti d'un passé productif aujourd'hui disparu. Marcq était un village de maraîchers jusqu'au début du XXème siècle. Ce passé agricole, la Ville ne l'efface pas. Elle le convoque.
L'intention de l'architecte Emma Weiss est claire : instaurer un dialogue symbolique entre la longère conservée et son nouvel atelier. Deux temporalités. Une seule cohérence. En avant-plan, un jardin vivant, productif et pédagogique, créé et géré par la Ville, accompagnera l'ensemble. Le bâti et le végétal cohabiteront dans un rapport qui rappelle les schémas des anciennes fermes maraîchères.
Une halle frugale
82 m². Dix mois d'études. Cinq mois de chantier. Les chiffres sont modestes. L'ambition, elle, ne l'est pas.
Emma Weiss, mandataire de la maîtrise d'œuvre, a conçu une structure en portiques bois douze au total, d'environ 5 mètres de portée qui rythment et définissent l'espace sans jamais l'encombrer. Le résultat : une halle libérée de tout point porteur, lumineuse, flexible, évolutive. Un espace qui peut accueillir des ateliers pédagogiques en îlots de six à huit personnes ou se reconfigurer en grande tablée pour un conseil municipal.
Les matériaux se montrent. La charpente en épicéa lamellé-collé, les caissons BMA, les panneaux trois plis en épicéa au sol et en paroi, l'isolation en fibre de bois biosourcée, le bardage extérieur en mélèze : rien n'est dissimulé. Le second œuvre est réduit au strict nécessaire. C'est cette sobriété qui fait la qualité architecturale du lieu.
Le projet a été mené en bureau d'études pluridisciplinaire : Bim.B (BET ingénierie bois, Vincent Batut et Fabian Sowula) et Energélio (BET conception thermique et énergétique, Clément Castel et Chloé Delcambre) ont accompagné l'architecte dès les premières phases de conception. La réflexion énergétique et la réflexion architecturale n'y font qu'un.
Low-tech, bioclimatisme, filière sèche
Le chauffage ? Un poêle à granulés programmable, accessible au public. La ventilation ? Naturelle, par ouvrants aux extrémités du bâtiment. Les apports solaires sont captés par la grande façade orientée sud-ouest, protégée en été par un auvent. Un lanterneau en contrepente intègre des panneaux photovoltaïques. Une sonde CO₂ informe les occupants de la qualité de l'air.
Ce n'est pas de la technique sophistiquée. C'est du bon sens appliqué avec rigueur, ce que le projet appelle lui-même une approche low-tech.
La toiture est couverte de tuiles plates rouges. Les menuiseries extérieures sont en aluminium recyclé à 75 %, anodisé naturel. Chaque choix de matériau est pensé en amont pour minimiser les chutes et réduire l'empreinte carbone de la construction.
Focus entreprises partenaires
Technopieux a pris en charge les fondations du bâtiment, avec une contrainte de taille : le bon sol porteur se situait à 20 mètres sous le niveau zéro. La solution ? Des pieux métalliques vissés, associés à des longrines acier. Spécialiste reconnu des fondations vissées, Technopieux a réalisé ce lot en seulement trois jours, limitant les nuisances de chantier, les déplacements de véhicules et l'impact environnemental du gros œuvre. Un choix technique et écologique qui s'inscrit pleinement dans la philosophie du projet.
Capelect, entreprise d'électricité générale, a assuré le lot électrique du bâtiment. L'installation s'inscrit dans la logique low-tech du projet : discret, fonctionnel, pensé pour un usage collectif et pédagogique. Capelect a répondu aux exigences d'un maître d'ouvrage public attentif à la sobriété des équipements.
Les autres intervenants du projet
Les travaux de gros œuvre ont été réalisés par M Construction. La charpente bois, préfabriquée en atelier, a été confiée à Edwood. La couverture a été assurée par Métropole Couverture. Les menuiseries extérieures aluminium ont été posées par Semit. Les travaux de plâtrerie et carrelage ont été réalisés par Artdeco. La plomberie sanitaire a été prise en charge par Lefebvre Gentilhomme. La fumisterie a été assurée par Nord Poêle Métropole.
Un bâtiment qui s'enseigne lui-même
La Maison de la Transition Écologique ne se contente pas d'accueillir des ateliers sur le zéro déchet ou le potager. Elle est elle-même matière à enseigner. Sa constitution physique — visible, lisible, démonstrée — est une ressource pédagogique en soi. On y comprend comment fonctionne une isolation biosourcée. On y voit comment une charpente peut générer de la qualité spatiale par la seule géométrie de ses assemblages.
Ce bâtiment dit quelque chose de rare dans l'architecture publique contemporaine : que la frugalité n'est pas une contrainte. C'est une posture. Et qu'un savoir-faire artisanal, honnêtement mis en œuvre, suffit à créer un lieu qui dure.
Maison & Architecture – raconter les lieux où le savoir-faire collectif devient patrimoine.

