À quelques stations du périphérique, la banlieue sud de Paris résiste encore : des jardins, des maisons basses, un tissu pavillonnaire que les promoteurs n'ont pas encore tout à fait digéré. C'est là, à L'Haÿ-les-Roses, qu'un couple d'ingénieurs a décidé de construire, pas n'importe comment, avec une idée précise de ce qu'ils voulaient et la méthode pour le faire aboutir. Ils ont organisé un mini-concours, missionnant trois agences d'architecture sur une esquisse. Un seul projet a été retenu. Celui d'APRIM Architecture.
120 m², une maison neuve sur une parcelle contrainte par une nappe phréatique proche, un sol argileux et un PLU limitant les rejets d'eaux pluviales dans le réseau : le programme imposait une réponse à la hauteur de ses contraintes. L'agence a relevé le défi avec une rigueur à l'image de ses commanditaires.
APRIM Architecture : une agence ancrée dans son époque
Fondée en 2014, APRIM Architecture est une structure à taille humaine implantée en Île-de-France, avec une antenne à Bordeaux. Ses architectes sont diplômés en architecture bioclimatique. L'agence intervient aussi bien en construction neuve qu'en réhabilitation, pour des maîtrises d'ouvrage privées et publiques. Sa démarche repose sur une équation constante : performance technique, valeur d'usage et inscription durable dans le site. La Maison Cochettes en est une illustration directe.
Une implantation au millimètre
Tout commence par le plan masse. APRIM choisit d'adosser la construction à la limite Nord de la parcelle, décision simple, efficacité maximale. La façade Sud s'ouvre sur un jardin libéré, divisé en quatre séquences : parking, cour, potager, jardin de pluie. Chaque mètre carré est affecté. Rien n'est laissé au hasard.
L'orientation Sud est le moteur thermique de la maison. Une étude de simulation thermo-dynamique, menée par la société Incub, a permis de dimensionner avec précision les protections solaires. Un brise-soleil en caillebotis métallique, suspendu par des haubans, court sur toute la façade Sud : en été, il coupe la surchauffe ; en hiver, il laisse passer les apports caloriques. Les volets coulissants persiennés en bois complètent le dispositif, autorisant une ventilation nocturne des chambres.
La toiture se décompose en deux pentes monobrins orientées différemment. La plus petite reçoit les panneaux photovoltaïques, son inclinaison calculée pour capter au maximum. Le décalage entre les deux toitures permet l'éclairage zénithal des pièces de service et génère une ventilation naturelle en partie haute. Architecture bioclimatique. Pas de gadget. Une mécanique.
Brut, précis
Les matériaux sont choisis pour ce qu'ils sont. Le rez-de-chaussée est habillé d'une peau en polycarbonate translucide qui filtre la lumière le jour et rayonne la nuit, marquant l'assise du bâtiment et sa relation au sol. L'étage, lui, est bardé de tôle ondulée posée en diagonale, inclinaison qui reprend celle des deux toitures. Cohérence formelle. Esthétique industrielle. Le bois vient tempérer l'ensemble, en débord de toiture et en menuiseries.
À l'intérieur, la logique biosourcée s'impose : murs porteurs en blocs de chanvre Biosys de chez Vicat, cloisons en briques de terre compressée, enduits intérieurs à l'argile, sols en parquet de liège. L'isolation thermique est assurée par une laine biofib trio, composée de chanvre, lin et coton. Le bilan énergétique est complété par un poêle à granulés central, appuyé d'un appoint électrique dans les chambres pour répondre aux exigences de la RE2020. Sobriété choisie, pas subie.
Contraintes de sol, solutions par le paysage
La parcelle posait deux défis techniques majeurs. Le premier : un puits existant, situé dans l'emprise même du bâtiment, impossible à supprimer et donc conservé, intégré dans les plans du rez-de-chaussée. Le second : la gestion des eaux pluviales. Le sol argileux et la faible profondeur de la nappe phréatique interdisent toute infiltration à la parcelle, tandis que le PLU limite le débit de rejet dans le réseau urbain.
La réponse est paysagère autant que technique. Un bassin de rétention en membrane bentonite a été créé : il monte en charge lors des fortes pluies, fait tampon, puis restitue l'eau au réseau à débit régulé. Le jardin de pluie n'est pas un ornement. C'est un ouvrage.
L'espace polyvalent : une idée forte
La vraie trouvaille du projet tient dans un volume. Au rez-de-chaussée, hors enveloppe chauffée, un espace polyvalent fait la jonction entre le séjour et le jardin, fermé par de grands panneaux de polycarbonate largement ouvrables. En hiver, effet de serre. En été, terrasse couverte. En toute saison, il se transforme : salle de sport, atelier, cellier à légumes, espace de stockage. La configuration évolue selon les besoins, et cet espace ménage une possibilité d'extension future sans toucher à la structure principale.
Efficacité dans l'implantation et l'organisation spatiale, et authenticité dans la mise en œuvre des matériaux bruts. Ce sont les mots qui ont orienté ce projet et qui sont à l'image de ce couple d'ingénieurs.
Focus JR BAT
Le lot structurel du projet est l'un des plus complexes : démolition, gros œuvre, charpente, couverture, lot terre et plomberie, soit cinq corps d'état portés par une seule entreprise. JR BAT, dirigée par Jean-Marc Feldman, a pris en charge l'ensemble de ce socle technique. La mise en œuvre des blocs de chanvre Biosys a demandé une maîtrise précise des détails constructifs, travaillée en amont avec l'équipe d'APRIM Architecture pour garantir la qualité d'exécution attendue. La charpente à deux pentes croisées, les passages techniques intégrés à la toiture pour les panneaux photovoltaïques, les enduits de terre intérieurs et les lots fluides figurent parmi les réalisations emblématiques de leur intervention sur ce chantier. Une présence de bout en bout, du terrassement à la couverture.
Focus Rhizome bois
Les menuiseries extérieures et les agencements intérieurs ont été confiés à Rhizome bois, conduit par Baptiste Manégrier. L'entreprise est intervenue sur deux fronts. En façade, les volets coulissants persiennés en bois constituent l'un des éléments identitaires du projet : leur conception répond à une logique bioclimatique précise, avec des lames orientables permettant de régler finement les apports de lumière et la ventilation nocturne. En intérieur, Rhizome bois a pris en charge les agencements sur mesure présents dans les espaces de vie et les pièces de nuit, avec un travail soigné sur les rangements encastrés et les menuiseries intérieures en accord avec la palette de matériaux naturels de la maison. Le savoir-faire dans le travail du bois brut se lit à chaque détail.
Focus SDC
La frugalité énergétique de la Maison Cochettes repose sur un principe de chauffage unique et central : un poêle à granulés. Son dimensionnement, son positionnement en cœur de plan et sa mise en œuvre ont été assurés par la société SDC. Depuis le conduit de raccordement jusqu'à la sortie en toiture, SDC a coordonné l'ensemble du lot fumisterie avec les contraintes de charpente portées par JR BAT. Le poêle diffuse sa chaleur naturellement dans les volumes ouverts du rez-de-chaussée et de l'étage, limitant au strict nécessaire l'appoint électrique installé dans les chambres. Un équipement sobre, central, cohérent avec l'ensemble du projet.


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