Il y a des bâtiments qui portent leur histoire dans leur silhouette. Celui de la rue Centulle, à Oloron-Sainte-Marie, impose sa présence dans le tissu urbain du Béarn avec sa façade arrondie et ses murs chargés de décennies. Depuis la rue, on devine un immeuble qui a connu plusieurs vies. Ce que l'on ne voit pas depuis le trottoir, c'est l'état de l'appartement que la propriétaire venait d'acquérir à l'intérieur : espaces morcelés, installations obsolètes, enveloppe thermique inexistante sur 100 m². Pour redonner vie à ce bien, la maîtresse d'ouvrage, une particulière basée aux États-Unis, a confié le projet à Roland Lobato, maître d'œuvre installé à Oloron-Sainte-Marie. Une rénovation complète s'engageait, entre exigences patrimoniales, défi technique de haut niveau et coordination à travers un décalage horaire.
Contexte du projet : un investissement dans la durée, dans un quartier qui compte
L'immeuble de la rue Centulle n'est pas un immeuble ordinaire. Sa forme arrondie, visible sur toutes les photos de chantier, en fait un repère visuel du quartier historique d'Oloron-Sainte-Marie. La propriétaire, investisseuse basée aux États-Unis, y possède un appartement à rénover entièrement, dans un bâtiment dont une autre partie est déjà occupée par six logements loués. Son ambition était double : transformer en profondeur son bien tout en participant à la revalorisation de la façade de l'immeuble, inscrite dans une opération façade portée par la commune et soutenue par un dossier ANAH.
La particularité du projet tenait aussi à la relation entre la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'œuvre : les réunions de suivi se tenaient sur WhatsApp, avec le décalage horaire à gérer, les décisions se prenaient à distance, les choix de matériaux s'échangeaient par écran interposé. Roland Lobato a su adapter son mode de travail à cette contrainte, sans jamais laisser le chantier perdre en précision ni en cohérence.
Solutions architecturales et étapes techniques clés
Avant même de dessiner quoi que ce soit, il fallait comprendre le bâtiment dans ses moindres détails. La forme courbe des murs rendait toute approche conventionnelle hasardeuse. Roland Lobato a donc procédé à un relevé par scanner 3D Faro, une technologie de numérisation qui capture avec une précision millimétrique chaque courbe, chaque dévers, chaque épaisseur de paroi. Ce modèle numérique a servi de base à tous les plans, dont celui du rez-de-chaussée visible dans les documents de chantier, et a permis d'anticiper les contraintes avant le premier coup de marteau.
La redistribution complète des espaces a constitué l'un des défis majeurs de l'opération. Pour ouvrir le plan et créer un volume de vie généreux, une ouverture a été pratiquée dans un mur porteur, une intervention structurelle délicate qui a nécessité calculs et coordination précise avec les entreprises spécialisées. Le résultat est visible dans les photos intérieures : un espace salon-cuisine décloisonné, baigné de lumière naturelle, où le parquet bois ancien côtoie un sol en béton ciré dans la zone cuisine, créant deux atmosphères distinctes au sein d'un même volume fluide.
L'enveloppe thermique de l'appartement a fait l'objet d'une attention particulière. Les murs périphériques ont été isolés avec de la laine de verre associée à des plaques de plâtre BA13. Les sous-planchers ont été traités, y compris dans des zones présentant plus de six mètres de hauteur sous dalle, une configuration rare qui a exigé des solutions techniques sur mesure. Le toit-terrasse, qui offre l'une des plus belles vues de la ville, a reçu une isolation avec étanchéité complète, réalisée selon les standards actuels. L'ensemble de ces interventions s'inscrit dans une logique de rénovation énergétique globale, cohérente avec les exigences du dossier ANAH.
Les planchers en bois d'époque, visibles dans leur chaleur sur les photographies du chantier livré, ont été poncés et vitrifiés, retrouvant leur éclat sans perdre leur caractère. La verrière intérieure a elle aussi été restaurée, conservant cet élément d'architecture domestique qui ponctue le passage entre les espaces. Côté façade, le maintien des menuiseries extérieures en bois a été imposé par les règles du secteur patrimonial, tout en répondant aux exigences thermiques actuelles, un équilibre subtil entre conservation du cachet et mise aux normes.
La cour intérieure, protégée par une structure légère en métal et polycarbonate, a été réorganisée pour devenir un sas entre l'extérieur et les volumes rénovés. Les menuiseries aluminium gris anthracite posées sur la façade intérieure de la cour, larges baies vitrées à grands carreaux, apportent une note résolument contemporaine qui dialogue avec la pierre enduite sans la trahir. L'ensemble des réseaux, eaux usées, eau chaude et froide, électricité, a été intégralement repris depuis les pieds de colonne.
Focus partenaire : Moure Lethoor, plomberie sanitaire
Le lot plomberie et sanitaires a été confié à Moure Lethoor, entreprise artisanale établie zone artisanale Lannerre, à Oloron-Sainte-Marie. Spécialisée en plomberie sanitaire, Moure Lethoor est intervenue sur la totalité des réseaux eau chaude et eau froide de l'appartement, entièrement reprises, ainsi que sur la pose des équipements sanitaires dans les salles d'eau. Le rendu final témoigne d'une exécution soignée : dans la salle de bains principale, la baignoire encadrée de grands carreaux effet marbre blanc, le meuble vasque suspendu finition bois et les miroirs rétroéclairés forment un ensemble à la fois fonctionnel et élégant, en cohérence avec le parti pris esthétique de la rénovation. La maîtrise des contraintes liées à la redistribution totale des espaces de l'appartement, avec des tracés de réseaux entièrement redessinés, illustre le savoir-faire technique que Moure Lethoor a mis au service de ce projet singulier.
Focus sur les acteurs du projet
Roland Lobato est maître d'œuvre à Oloron-Sainte-Marie, Pau et dans les Pyrénées-Atlantiques depuis 2005. Présent sur tous les types d'opérations, rénovation, extension, construction neuve, il est entouré d'une équipe administrative et technique qui lui permet de conduire des projets complexes avec rigueur. Sur ce chantier, sa capacité à coordonner une dizaine d'entreprises tout en maintenant un lien de confiance avec une cliente installée outre-Atlantique a été déterminante.
Les travaux de plâtrerie et d'isolation ont été réalisés par l'entreprise Oliveira 64, basée à Oloron-Sainte-Marie. Le carrelage des salles d'eau a été confié à l'entreprise RECA Carrelage, établie à Agnos. Les travaux de peinture ont été exécutés par la SARL Navarro Frères, implantée à Bidos. La climatisation et le traitement de l'air ont été assurés par le Groupe AFC, dont le siège social est à Pau. Le gros œuvre a été réalisé par l'entreprise Carrique et Fils, basée à Idaux-Mendy. Le changement de menuiseries a été confié à l'entreprise Casteignau Labarthe, depuis sa zone artisanale d'Orin. L'étanchéité du toit-terrasse a été réalisée par la société Étanchéité Soprema, opérant depuis Lons. Les travaux de serrurerie, dont les garde-corps et grilles visibles dans les photographies de la cour, ont été confiés à la société Etys Métal, basé à Agnos. La SARL Orsini, installée à Oloron-Sainte-Marie, a également contribué à l'opération.
Quand le bâti ancien apprend à respirer autrement
Ce projet démontre ce que la rénovation architecturale peut accomplir lorsqu'elle s'attache à comprendre un bien avant de le transformer. L'appartement de la rue Centulle n'a pas été effacé : il a été écouté, relevé au scanner, décrypté dans ses contraintes, puis ramené à la vie avec les outils et les matériaux d'aujourd'hui. Le résultat livré, parquet d'époque poncé et vitrifié, béton ciré, aluminium anthracite, verrière restaurée, raconte cette continuité entre mémoire et exigence contemporaine. Pour quiconque cherche à mener une opération similaire dans le Béarn ou en Pyrénées-Atlantiques, ce chantier offre une référence solide : celle d'un collectif d'artisans coordonné avec précision, au service d'une architecture durable et respectueuse du savoir-faire artisanal local.


.png)
