
Longère réinventée dans la vallée du Lié
Par : PELLAN - MOY Maître d'Oeuvre
Quand la pierre bretonne cesse de subir et commence à choisir.
La pierre. Froide, massive, indifférente. À Saint-Barnabé, dans les Côtes-d'Armor, une longère longe la vallée du Lié comme elle le fait depuis deux siècles. Pas de charme affiché. Pas de promesse. Loin des lofts parisiens et de leurs murs enduits blanc cassé, ici le bâti se mérite. Il faut savoir le lire.
Un client arrive. Une vision. Deux maisons dans une seule enveloppe — 420 m² pour lui et son fils, 160 m² pour les amis. Une écurie à la place d'un hangar délabré. Une piscine. Un jacuzzi. Le tout sur 580 m² de longère étroite, en bordure d'un cours d'eau qui déborde.
Nicolas Moy, de la Sarl Pellan-Moy à Loudéac, reprend le dossier. Il connaît la contrainte. La largeur impose. Le terrain complique. Le cours d'eau surveille.
Ce que la contrainte révèle
La longère est étroite. C'est un fait. Pas un problème — une règle du jeu. L'implantation des pièces ne souffre aucune improvisation. Chaque mètre carré se justifie. Chaque ouverture se décide.
Le risque de submersion, lui, oblige à penser le terrain autant que le bâti. Le niveau de la piscine. La cote du plancher. La gestion des eaux pluviales. Rien n'est anodin quand un cours d'eau longe la propriété.
La Sarl Pellan-Moy existe depuis 34 ans. Nicolas Moy la dirige depuis cinq ans. L'agence ouvre début mars 2026 une seconde implantation à Noyal-Pontivy, dans le Morbihan. Une structure ancrée. Des chantiers qui durent.
Pierre, bois, acier. Dans cet ordre.
L'idée directrice tient en un triptyque. Pierre. Bois massif. Serrurerie noire. Pas de déviation. Pas de compromis décoratif.
En façade, les nouvelles menuiseries aluminium à profil noir encadrent les ouvertures. Le contraste révèle le granit. La pierre n'était pas belle — elle le devient par opposition. C'est le principe.
À l'intérieur, les pierres existantes ne sont pas habillées. Elles travaillent. Un passage de porte taillé dans le mur porteur. Une cave à vin creusée dans la maçonnerie de la cuisine, cloisonnée de bois et de verre. Le matériau n'est pas un décor — c'est un outil.
Le bois canadien court partout. Lambris muraux, meubles sur mesure, portes intérieures. Chaleureux, dense, durable. Il absorbe la lumière là où la pierre la renvoie. L'équilibre est calculé.
Dans le séjour, des fausses poutres rattrapent le faux-plafond. Dedans : un vidéoprojecteur escamotable, un écran de projection. La technique disparaît dans la matière. C'est ce qu'on lui demande.
La verrière intérieure de type atelier — acier noir, verre clair — sépare sans couper. Elle laisse passer la lumière et les regards. Elle structure sans alourdir.
Les baies vitrées s'ouvrent sur le parc. Dans la partie invités, une baie d'angle supprime l'angle. Le dedans et le dehors se confondent. Le bonsaï planté dans la cour, la piscine couverte, la longère en pierre en face — tout entre dans le cadre.
Dans la maison principale, l'escalier tout acier — balustrade sculptée d'un blason — impose sa présence dès l'entrée.
Les artisans du chantier
Plus d'une dizaine de corps de métier. Deux maisons, une écurie, en phases simultanées. La coordination est l'autre chantier — celui qu'on ne voit pas sur les photos.
Les Maçonneries Brandanaises ont assuré le gros œuvre. La charpente, le bardage et la couverture de l'écurie ont été réalisés par l'entreprise Turmel. Les menuiseries extérieures ont été posées par Renouard SA. Les cloisons sèches par Le Devehat. Les menuiseries intérieures par Rouxel Xavier. L'agencement par Menuiserie Olivier SARL. La couverture et l'étanchéité par Brient Michel.
Focus partenaires
CPS — Électricité, sanitaires, chauffage
Les réseaux, on ne les voit pas. C'est le signe qu'ils sont bien faits. CPS, basé à Loudéac, a géré l'intégralité des lots techniques sur les deux entités résidentielles et l'écurie. Électricité, sanitaires, chauffage — trois corps de métier souvent sources de friction sur un chantier phasé. Pas ici. La coordination avec les autres artisans a tenu. Le résultat est invisible. C'est la meilleure des critiques.
Martin Carrelage — Revêtements de sol
Le sol dit tout. Dans la cuisine, de la pierre naturelle — en écho direct aux murs de granit. Dans les pièces de vie, du parquet chêne massif, large lame, ton doré. Martin Carrelage, entreprise partenaire du projet, a assuré la cohérence de cette palette à travers les deux maisons. Deux univers. Un seul fil conducteur.
Metogal — Escalier
L'escalier est une sculpture avant d'être une circulation. Metogal l'a compris. Dans la maison principale, la volée est entièrement en acier. La balustrade ne se contente pas d'assurer la sécurité — elle porte un blason sculpté. Un geste rare. De la serrurerie architecturale qui assume : ici, le fer raconte quelque chose. Metogal signe un ouvrage sur mesure qui n'appartient qu'à ce lieu.
Ce que ça change
Il y avait une maison sans charme. Il y a maintenant un domaine. La différence, ce n'est pas le budget — c'est la décision. Décider que la pierre mérite mieux que l'enduit. Que le bois canadien n'est pas un caprice. Que l'escalier est une pièce à part entière.
580 m² rénovés. Deux maisons. Une écurie. Un parc. Une piscine. Et partout, la même exigence : ne rien inventer qui ne soit déjà dans le lieu.
C'est ça, la rénovation de caractère. Pas une mise à jour. Une révélation.
Maison & Architecture – raconter les lieux où le savoir-faire collectif devient patrimoine.
Regard en images sur le projet
Les acteurs du projet
Ce projet est le fruit d'une collaboration entre architectes, entreprises et artisans du territoire. Découvrez les acteurs qui y ont contribué.













